Nouveaux territoires de l’économie…vers de nouveaux emplois ? - Interview de Sébastien Poulet-Goffard

11 juillet 2017

« En racontant leur histoire, petit à petit, le territoire s'effaçait »

Depuis octobre dernier, le département organise un cycle de cinq conférences-débats, intitulé « Les Heures Innovantes de la Seine-Saint-Denis ». La dernière rencontre de l'année s'est déroulée aux Magasins généraux en partenariat avec le MédiaLab93. Les questions liées à l’emploi étaient au cœur de la quatrième rencontre des Heures Innovantes : Nouveaux territoires de l’économie…vers de nouveaux emplois ? Dans la foulée de cette rencontre, le MédiaLab93 s'est penché sur la question.

A l'heure d'une présidence start-up, l'esprit d'entreprise a plus que jamais le vent en poupe. Toute la France semble conquise par ce syndrome entrepreneurial. Toute ? Oui, y compris celle des quartiers prioritaires. Loin des projecteurs, des hommes et des femmes s'y activent, alors qu’ils étaient traditionnellement orientés vers des métiers d’ouvriers ou d’employés. Journaliste et consultant en communication, membre de l'association GNIAC, Sébastien Poulet-Goffard est l'auteur de «Réservoir de talents, le 93 des entrepreneurs». Un livre qui retrace sous la forme de portraits le parcours de cinq figures du département.

Quel état d'esprit avez-vous rencontré auprès des entrepreneurs de Seine-Saint-Denis dont vous avez dressé le portrait ?

J'ai eu à faire à cinq personnalités assez remarquables dans leur dynamisme, leur force et leur détermination. Au-delà du projet initial, je me suis trouvé très vite confronté aux ressorts humains de l'entrepreneuriat plus qu’à l'ancrage territorial de ces personnalités. En racontant leur histoire, petit à petit, le territoire s'effaçait. On se rend assez vite compte que tous ces entrepreneurs auraient aussi bien pu faire la carrière qu'ils font s’ils étaient nés ailleurs. Ce qui fait au fond de la Seine-Saint-Denis un département comme un autre. Cela dit, il y a des saillants. La productrice Laurence Lascary par exemple. On ne lui a jamais dit qu'elle ferait partie de l'élite de la France. Elle a dû énormément bosser, encore plus en tant que femme, une femme noire de surcroit, sortir de « prédéterminismes sociaux », comme elle dit. Mais malgré tout le territoire reste un élément parmi d'autres du succès de ces gens-là. Le décor de cinq réussites personnelles qui prouve une fois de plus que le 93 n'est pas seulement ce que les clichés médiatiques habituels, ceux des faits divers et des problématiques sociales et de délinquance, nous donnent à voir.

Ces entrepreneurs ont-ils l'impression d'oeuvrer pour leur territoire  malgré tout ?

Toutes ces personnalités sont très attachées à la Seine-Saint-Denis mais elle n'ont pas forcément une dynamique de représentation de ce territoire dans leur parcours professionnel. Laurence Lascary qui a une démarche plus politique par exemple, l'objet de son entreprise de production cinématographique étant de travailler sur les représentations de la diversité dans les médias et la culture, a une visée plutôt nationale. Sarah Ourahmoune, est aussi une représentante indéniable de son territoire mais sa carrière est sportive et donc plus individuelle. Elle ne se sent pas nécessairement comme un porte-drapeau. Même si aujourd'hui elle est une ambassadrice éminente de la candidature parisienne aux Jeux Olympiques. Pour toutes les personnes que j'ai rencontrées pour le livre, l'idée était avant tout de donner des exemples en mode "vous aussi vous pouvez le faire !" pour des jeunes pas encore en posture d'entreprendre.

Dans ce cadre, que pensez-vous des nouveaux métiers liés à la nouvelle économie  ?

C'est une opportunité à saisir. On entre dans une ère nouvelle et la Seine-Saint-Denis avec son dynamisme impulsé notamment par la jeunesse de sa population a sans aucun doute un avenir dans les nouvelles technologies plus prometteur qu'un département comme la Creuse. Ca peut faire un peu républicain mais moi qui ne suis pas de la Seine-Saint-Denis, qui n'y habite pas, qui n'a pas d'histoire liée à l'immigration, qui n'a fait qu'y travailler en tant qu'intervenant dans des ateliers ou en tant qu'assistant social à une époque, quels que soient les gens que je côtoyais, je me sentais chez moi tout le temps. Que ce soit des enfants dans des classes ou des adultes entrepreneurs, j'ai toujours eu l'impression d'être en France, d'échanger avec des Français à part entière, de partager une culture commune. On parle souvent des territoires perdus de la République, je trouve au contraire que c'est plutôt un territoire au coeur de la République, que c'est le territoire emblématique de la République. Car au delà des entrepreneurs, il y a aussi un dynamisme du quotidien et je trouve que ça fonctionne plutôt bien nonobstant tous les problèmes réels qui peuvent exister.

Interview de Sébastien Poulet-Goffard réalisée par Abdessamed Sahali