Le Trombi du Médialab93 : Sophia Hocini, directrice des partenariats à la ZEP

4 juillet 2018

Depuis un an, Le Médialab93 accueille des porteurs de projet qui partagent une soif d’entreprendre dans les domaines de la presse, de la communication, du numérique ou de la culture, dans une logique de solidarité, d'éducation et de participation. "Quand j'étais jeune, je disais à tout le monde que je voulais devenir journaliste ou Présidente de la République" confie Sophia Hocini, responsable des partenariats de la Zep "Zone d’Expression Prioritaire". En écoutant la jeune femme dynamique et ses engagements,  on a tout de suite envie d’adhérer !


Qui es-tu ?

Je suis Sophia Hocini, j'ai 25 ans et je travaille en tant que responsable des partenariats pour la ZEP.

D’où viens-tu ?

Avant d'arriver en France à l'âge de 8 ans, je vivais en Algérie. J'ai d'abord vécu à Marseille avec ma famille dans le quartier de la Sauvagère (10e arrondissement de Marseille). Je vis à Paris depuis 2014. Je suis également journaliste et auteure du livre Une Française de Fabrication.

Que fais-tu maintenant ?

Je suis responsable des partenariats à la ZEP depuis 2016. La ZEP est un dispositif national original d’éducation aux médias à destination d'un public entre 15 et 30 ans.

Des partenariats forts pour donner la parole à la jeunesse et la valoriser

Mon rôle au sein de la ZEP, c'est de présenter et pitcher le projet auprès d’institutions qui partagent nos valeurs et peuvent se reconnaître dans notre ADN. Notre objectif est de rendre visible les invisibles (à savoir les jeunes), travailler sur l’ouverture des récits car dans les médias on parle souvent des jeunes mais on ne leur donne pas la parole, on parle plutôt à leur place ou à travers des clichés. Avec la ZEP et nos ateliers d’écriture on veut que les jeunes s’expriment. Il faut donc une personne qui se charge de travailler la notoriété de la ZEP et qui soit proactive pour créer des synergies entre des acteurs et des jeunes, et c'est là que j'interviens ! Ces acteurs (fondations, mairies, entreprises privées, institutions) peuvent soit nous aider financièrement, avec du mécénat de compétences ou d’autres outils qui peuvent faire grandir la ZEP. Jusqu’à présent nos plus gros partenaires sont Libération, Le Huffington Post et L'Etudiant. Notre souci premier, c’est le jeune. Les jeunes sont au cœur de nos préoccupations. Nous voulons leur donner un bagage et des outils pour qu'ils s'émancipent avec plus de confiance en eux, du crédit et de la légitimité autour de leurs histoires.
Dans mes actions au quotidien, je rencontre parfois certains moments frustrants lorsque je suis face à des administrations ou des institutions qui sont très protocolaires avec une démarche descendante et qui ont du mal à faire avancer rapidement nos actions. Par exemple il peut nous arriver de mettre jusqu'à trois semaines à consolider un projet qui prendrait normalement quelques heures à être réalisé ! Je suis quelqu’un d’énergique, j’aime quand les choses vont vite. Le bon côté des choses, c’est que ça fait également  du bien à ces institutions de voir une personne comme moi qui veut faire bouger les choses et qui bouscule leurs habitudes. Comme je le dis souvent la ZEP fait du bien à tout le monde !  Nous avons un potentiel d’innovation et ça fait plaisir à tout le monde de participer à ça.

Pour créer ces partenariats forts, je pense que ma force réside dans le fait que je crois très fort en ce projet. Et je sais que la ZEP est utile. Quand j'ai commencé en tant que bénéficiaire, je trouvais ça tellement génial d’avoir enfin un média qui croit fondamentalement en la vertu thérapeutique de l’écriture que je me suis dit : "c’est super !" et c’est là que j’ai commencé à écrire régulièrement alors que j’étais étudiante en Lettres Modernes à Marseille. 

 

Les actions de la ZEP

Avec nos ateliers, on voudrait qu’on écoute plus les jeunes ! Car il y a une crise généralisée. Personne ne s’écoute et le collectif doit prendre le pas sur l’individuel, car finalement on ne fait rien sans les autres. C'est pour cela que nos ateliers sont collectifs pour que les jeunes puissent construire ensemble, formuler leurs pensées et se sentir citoyen. C’est ultra précieux !

Le plus jeune auteur de la ZEP qui s’est fait publier dans Libération a 12 ans ! Pour un jeune en décrochage scolaire ou en perte d’estime, être publié dans Libération c’est hyper valorisant. C’est une respiration, une bouffée d’air frais. Avec les réseaux sociaux qui prennent le pas sur les autres formes de communication, la problématique c’est de débloquer les jeunes, ils n’ont plus la logique de tirer le fil de l’histoire grâce à l'écriture. Nous nous adaptons également aux nouveaux outils utilisés par les jeunes comme les réseaux sociaux sur lesquels ils s'expriment le plus mais parfois maladroitement. On leur apprend donc le storytelling avec Snapchat, comme à Sevran avec le projet From Sevran With Love, pour explorer d’autres modes d'expression. Quand c'est fait, les jeunes se découvrent même des vocations. Comme Hakim Soudjai, l'un des bénéficiaires du programme qui a publié son premier roman. On est fiers de ces parcours de jeunes qui continuent à écrire. Nous avons aussi publié le livret "Moi Jeune" qui regroupe des récits sur le thème des précarités. Ce livret est à destination d’autres jeunes qui peuvent se reconnaître dans les récits. Ce projet est aussi destiné aux partenaires et adultes éloignés des réalités des jeunes et qui eux-mêmes peuvent véhiculer des clichés au quotidien sans le savoir. L’idée, c’est de déconstruire des prénotions et des clichés, et les jeunes sont les mieux disposés à le faire.

Plan B?

Quand j'étais plus jeune et qu'on me posait la question sur ma carrière,  j'ai toujours répondu "soit journaliste, soit présidente de la République !"Je ne veux pas faire de la politique mais ma vie entière est politique. Quand je choisis mon café le matin c’est un acte politique, quand j’achète du quinoa plutôt que de la viande c’est politique, quand j’achète mes vêtements dans une friperie c’est politique, quand je travaille à la ZEP c’est politique, quand je poste sur les réseaux sociaux, c’est politique. Tout est politique pour moi, car j’ai une idée de la vie en société qui est fondamentalement différente de ce qui se passe jusqu’à présent et qui est en décalage total. J’ai réfléchi et je sais ce que c'est la précarité et je sais ce dont les gens ont besoin pour être heureux pour vivre bien et pour être bien, sur des thèmes comme l’éducation, la santé, l’accompagnement à la vie avec les sorties culturelles etc..Et moi je trouve ça injuste que ça soit toujours les mêmes (ceux qui sont sortis des grandes écoles) qui proposent des projets politiques. Le projet politique n’a de sens que lorsqu' il vient d’en bas. Et je pars du principe que c’est aux citoyens d’apporter un vrai projet. Ce sont eux qui disposent d’une vraie expertise pour être légitimes pour le faire. Comme la ZEP est un projet associatif mais fondamentalement politique parce que s’exprimer, c’est être citoyen, et être citoyen, c’est appartenir à un territoire.