Forum MédiaLab93 #2 - Comment braquer le cinéma français ? - Interview 3

4 juin 2017

Benjamin Bonnet, producteur est aussi président de la Fédération des Jeunes Producteurs Indépendants, une association qui cherche à favoriser le développement de nouvelles structures de productions audiovisuelles. Une structure qui organise les 7ème Journées des producteurs indépendants les 7 et 8 juin prochains à Saint-Denis (Campus Condorcet).

Qu'est-ce qu’un jeune producteur indépendant ?

De facto, la plupart des producteurs sont indépendants. Il y a peu de producteurs en France qui soient rattachés à des studios. Et on considère qu'une structure de production est jeune avec moins de sept ans d'existence. Au fond, il n'y a pas de réelle différence entre nous et des structures établies si ce n'est qu'il faut faire son chemin dans le petit milieu du cinéma et de l'audiovisuel. La vocation de la fédération est justement d’accélérer ce temps-là notamment par la mise en réseau de ses adhérents

Comment un jeune producteur peut-il arriver à se distinguer ?
Il faut se créer un catalogue qui soit assez singulier et identifiable pour pouvoir être reconnu. La grande problématique, à mon sens, est d'arriver à pouvoir financer des projets un peu atypiques, qui sortent des sentiers battus notamment dans le cas des long-métrages. Après, les jeunes producteurs commencent principalement par des formats courts dans lesquels on peut privilégier un champ en particulier, le film de genre, le film d'animation, le documentaire ou alors des films qui mettent en avant des éléments de la diversité. On se rend compte aussi qu'il y a une envie des chaines de télé et du CNC de permettre à la jeune création de s'exprimer à travers les nouveaux médias comme le transmédia ou la réalité virtuelle. Arte et France Télévisions ont créé des fonds et des appels à projets pour des web-séries par exemple. Du coup, cette offre assez pléthorique permet non seulement à beaucoup de producteurs de trouver leur voie mais aussi de permettre à différents talents issus de schémas non traditionnels des formations ciné d'être mis en avant.

Pourquoi certains films, à cause de leur approche thématique ou stylistique, ont du mal à se faire financer ?
La grosse différence entre le secteur du court et celui du long-métrage est qu'il y a un intermédiaire supplémentaire qui intervient dans la chaîne de fabrication. Le distributeur, qui se situe entre le producteur et l'exploitant, entre l'initiateur du projet et la salle de cinéma. C'est lui qui s'occupe de la promotion du film, qui décide du nombre de copies, etc. C'est le distributeur qui fait en sorte qu'il y ait des remontées de recettes. La question se pose donc très largement en amont. Lorsqu'un producteur a identifié un auteur avec lequel il a envie de faire un long-métrage, il va nécessairement et très rapidement chercher un distributeur. Pour une raison bien simple, ce dernier apporte au budget de production une part que l'on appelle le "minimum garanti" (c'est à dire qu'il se rembourse sur les recettes dès le premier euro encaissé) et enclenche de fait tout le processus de financement d'un film. Cette prise de risque incite pour le coup le distributeur à imposer ses vues sur le casting, sur le style du film voire le scénario afin d'optimiser la rentabilité commerciale de ce qui reste malgré tout un produit culturel. C'est une donnée très importante et c'est ce qu'il y a de compliqué pour un jeune producteur comme pour un jeune auteur qui passe au long-métrage car ils n'ont pas l'habitude de ce genre de discussions.

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