Forum MédiaLab93 #2 - Comment braquer le cinéma français ? - Interview 1

2 juin 2017

«Penser le collectif est quelque chose que l'on souhaite mettre en avant» - Fanny Liatard et Jérémy Trouilh en interview

Le Festival de Cannes vient de s'achever, Côté Court à Pantin s'annonce à l'horizon. Entre les deux, deux visions différentes du cinéma. L'une, plutôt portée sur les signatures, les effets de manche et les paillettes, l'autre sur la découverte, l'expérimentation et la simplicité. Haute couture contre artisanat mais au-delà des façons de faire, un même univers, un même milieu qui nécessite un petit rafraichissement dans sa vision de la société française contemporaine. L'occasion de faire le tour de la question avec différents témoins. Première étape avec Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, auteurs de deux courts-métrages remarqués dont la particularité est de se situer de façon poétique dans ces cités périphériques tant décriées.

D'où vient votre désir de cinéma  ?

Fanny Liatard : J’ai regardé beaucoup de films bien sûr, pour commencer. Mais on a beau adorer le cinéma, de là à se dire qu'on peut en faire, il y a de la marge. Et quand on n'a pas fait d'études dans le domaine, cela semble encore plus lointain. On a étudié tous les deux à Sciences Po à Bordeaux mais j'ai longtemps cherché un moyen d'expression et le cinéma me paraissait le plus beau, le plus complet, celui qui me correspondait le mieux. Raconter des histoires avec des images, du son, de la musique, des acteurs... J'ai donc fini par me retrouver là dedans, notamment grâce à une résidence d'écriture de scénarios à Gindou.

Jérémy Trouilh : Et c'est par un heureux hasard qu'on s'est retrouvés ensemble à Paris avec le même désir de faire du cinéma. Pour moi, ça a plutôt commencé avec le documentaire. J'ai vécu en Colombie quelques années et la rencontre avec des communautés indigènes m'a donné envie de faire un film avec eux. Je  n'avais alors même pas conscience que faire un documentaire c'était aussi du cinéma. J'imaginais plutôt quelque chose de l'ordre du reportage journalistique. C'est seulement en suivant un master de réalisation documentaire à Lussas que je me suis rendu compte du contraire. Je ne suis devenu cinéphile qu'à ce moment-là. J'ai découvert que le cinéma était un langage exceptionnel dans lequel je me sentais bien.

Comment vous situerez-vous dans le milieu du cinéma français  ?

J : Ce qui est très intéressant, en tant que jeunes cinéastes, c'est que nous sommes encore dans le milieu du court-métrage. On y rencontre pour le coup beaucoup de réalisateurs qui sont dans l'expérimentation, ce qui nous donne à voir un panorama du cinéma français riche et varié.

F : Le milieu du cinéma peut sembler difficile d'accès, et je pense qu'on a eu plutôt de la chance. On a pu réaliser Gagarine, notre premier film, car nous avons gagné le concours de scénario «  HLM sur Cour(t) » organisé par l'Union Sociale pour l'Habitat et la Maison du Film Court. Puis, pour notre deuxième court-métrage, La République des Enchanteurs,  nous avons travaillé avec Laurence Lascary sur le projet « Dans Mon Hall  ». Il y a donc des aides et des dispositifs qui peuvent être des tremplins pour les jeunes cinéastes aux parcours variés. Ça me rend optimiste pour l'avenir du cinéma français, pour la diversité des histoires qu'il pourra raconter.


Quel regard espérez-vous apporter à travers vos films ?

 

J : Depuis le début, nos films sont influencés par une forme de  réalisme magique. Les oeuvres de la littérature sud-américaine nous inspirent beaucoup. Cela nous intéresse de plonger dans des contextes sociaux, culturels assez concrets,  de chercher la magie qu’ils recèlent, et  de la révéler via les outils que nous offre le cinéma. C'est pourquoi on mêle acteurs non-professionnels et comédiens, qu'on cherche des idées qui décalent le regard sur le réel afin de prendre du recul là-dessus... Je crois qu'il y a  aussi en ce moment  une importance à  penser le collectif et c'est quelque chose que l'on souhaite mettre  en avant dans nos films.  Par ailleurs, on travaille dans des contextes urbains parce qu'on est  marqués par l'architecture. Il y a quelque chose qui nous fascine là-dedans, que l'on aime filmer et détourner par la mise en scène.

F : On fera peut-être des films dans d'autres contextes mais pour le moment on continue dans cette voie. Notre prochain court-métrage, que l'on tourne cet été, se passera dans le quartier Emile-Dubois à Aubervilliers. Et nous développons en ce moment  un long-métrage  qui sera  à nouveau en lien avec la cité Gagarine d’Ivry.

GAGARINE - Bande Annonce

https://vimeo.com/149391452